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Obligations AT1 et prochaines étapes – Ce que les investisseurs doivent savoir et faire maintenant

Introduction

La radiation des obligations AT1 de Credit Suisse reste l’un des chapitres les plus controversés de l’histoire financière et réglementaire récente de la Suisse. Récemment, le débat a été relancé par trois décisions : (i) TF 2E_1/2024 (audience principale du 23 mai 2025 ; publiée le 26 septembre 2025), (ii) la décision de la U.S. District Court, Southern District of New York du 30 septembre 2025, et (iii) la décision partielle du Tribunal administratif fédéral (« TAF ») du 1er octobre 2025. En complément de cet aperçu, nous vous renvoyons également à nos précédents aperçus sur ces décisions: https://lindemannlaw.ch/fr/insights/annulation-cs-at1-revers-superviseur-remise-zero-gouvernance-crise-suisse/ et https://lindemannlaw.ch/fr/insights/fusion-credit-suisse-ubs-jurisprudence-bger-2e1-2024-sdny-2025/. La décision partielle LPP a annulé la décision de la FINMA du 19 mars 2023 ; la FINMA a déposé un recours auprès du Tribunal fédéral (« TF »). Les opportunités, les risques et les délais reviennent ainsi sur le devant de la scène.

 

Question 1 : Quelle est la chronologie des procédures administratives en cours ?

La FINMA a porté la décision partielle de la LPP sur l’annulation de la décision d’urgence devant le Tribunal fédéral. Parallèlement, les autres procédures connexes sont en principe suspendues jusqu’à ce qu’une décision définitive soit rendue sur l’annulation. En outre, la LPP n’a pas encore statué sur l’annulation (crédit compensatoire / nouvelle constitution des créances et des coupons).

Les statistiques officielles de l’ATF fournissent des indications fiables sur la durée probable : En 2024, la durée moyenne jusqu’au prononcé du jugement pour les recours en matière de droit public était de 202 jours et de 224 jours pour l’ensemble du procès ; en 2023, elle était respectivement de 197 et 217 jours. Ces ordres de grandeur se recoupent au fil des années et indiquent – compte tenu des éventuels renvois à des instances précédentes – une procédure en plusieurs étapes.

L’art. 61 al. 1 PA permet à la LPP de décider elle-même de l’annulation ou de la renvoyer à la FINMA avec des instructions contraignantes – avec une nouvelle possibilité de recours auprès de l’ATF. Il est donc réaliste de s’attendre à des décisions finales définitives dans toutes les procédures administratives au plus tôt dans le courant de l’année 2027.

Question 2 : Que signifie l’annulation de la décision de la FINMA du 19 mars 2023 ? Cela s’applique-t-il également aux investisseurs qui n’ont pas déposé de recours LPP ?

Si l’on part du principe que l’ATF confirme la décision partielle de la LPP, la conclusion de la LPP selon laquelle aucun événement de viabilité ne s’est produit, ainsi que l’annulation par le tribunal de la décision de la FINMA, restent valables. Par conséquent, la base juridique pour la dépréciation ordonnée des instruments AT1 (valeur nominale d’environ 16,5 milliards de CHF) disparaît. Cela a pour conséquence que la décision est traitée comme si elle ne devait pas avoir d’effet contraignant. Sur le fond, l’annulation concerne toutes les tranches AT1 amorties ; toutefois, l’annulation concrète n’a pas encore été décidée.

Question 3 : Quels sont les recours juridiques dont disposent les propriétaires d’AT1 ?

Les parties aux procédures LPP attendent la décision d’annulation (crédit compensatoire / reconstitution des créances et des coupons). Les autres procédures sont en principe suspendues jusqu’à ce que l’annulation devienne définitive.

Indépendamment du fait qu’un recours LPP ait été déposé ou non, une action en responsabilité de l’Etat est possible sur la base de la loi sur la responsabilité (« LRCF »). Une demande de dommages-intérêts contre la Confédération sur la base de l’art. 3 al. 1 LRCF doit d’abord être déposée auprès du Département fédéral des finances (« DFF »). L’art. 20 LRCF renvoie, pour la prescription, aux règles du CO sur les actes illicites ; la demande écrite adressée au DFF interrompt la prescription. Si la Confédération ne réagit pas dans les trois mois ou si elle refuse, une action doit être intentée dans les six mois suivants, l’ATF apparaissant alors comme la seule instance.

Après l’annulation définitive de la décision de la FINMA, les chances de succès d’une action civile contre UBS augmentent, dans la mesure où les conditions AT1 déterminantes (entre autres le Viability Event) n’étaient pas non plus remplies. Il s’agit en premier lieu d’une prestation ou d’une annulation et éventuellement de dommages et intérêts. La presse spécialisée y voit des points d’attaque substantiels en droit civil ; les conditions contractuelles AT1 pertinentes doivent être examinées au cas par cas.

Pour certains investisseurs étrangers, les accords de protection des investissements et les procédures d’arbitrage (éventuellement le CIRDI) peuvent entrer en ligne de compte ; outre les voies de recours et les recours prévus par le droit suisse, il convient également de les examiner au cas par cas. A titre d’exemple, le cabinet d’avocats singapourien Drew & Napier – qui représente environ 560 porteurs d’obligations du Japon, de Hong Kong et de Singapour – a annoncé, en se basant sur des accords bilatéraux de protection des investissements et avec le financement de la société de financement de procès Omni Bridgeway, qu’il ferait valoir des prétentions contre la Confédération suisse (après l’envoi préalable de trigger letters en décembre 2024 et mai 2025 ; montant des dommages réclamés environ USD 300 millions)[1]. Cette évolution illustre le fait que les investor state claims basés sur des traités peuvent également constituer des options d’action réalistes pour certains profils d’investisseurs.

Question 4 : Quels sont les risques liés à la poursuite de la procédure judiciaire ?

Jusqu’à la décision de l’ATF sur l’annulation, il est très probable que les procédures connexes soient suspendues sur le plan procédural ; la voie de la LPP pour l’annulation peut en outre conduire, via l’art. 61 PA, à un renvoi à la FINMA – avec l’option d’un nouveau recours devant l’ATF.

Dans la procédure en responsabilité selon la LRCF, la légalité d’un acte administratif entré en vigueur ne peut pas être (re)vérifiée conformément à l’article 12 LRCF. Les actions en responsabilité de l’État comportent en outre un certain risque politique et nécessitent des preuves (lien de causalité naturelle et adéquate, quantification des dommages, etc.)

Il n’y a de bonnes chances de succès contre UBS en droit civil que si les tribunaux concluent (en dernière instance) qu’il n’y a pas eu de Viability Event ou que les conditions contractuelles n’étaient pas remplies. Ce serait le cas dans une annulation définitive de la décision de la FINMA du 19 mars 2023 par le TF. Dans ce cas, les conditions contractuelles AT1 pertinentes doivent être appréciées en détail et utilisées dans le cadre d’une stratégie de processus.

Question 5 : En tant qu’investisseur AT1, dois-je simplement attendre et observer le règlement ?

Non ! Attendre est risqué compte tenu des délais de prescription et de péremption en cours. Les actions en responsabilité de l’Etat contre la Confédération se prescrivent conformément à l’art. 20 al. 1 LRCF en relation avec l’art. 60 al. 2 CO. Art. 60 al. 1 CO relativement trois ans à compter de la connaissance du dommage et de l’auteur du dommage (typiquement mars 2023 pour l’amortissement AT1). L’art. 20 al. 2 p. 2 LRCF stipule en outre que la requête écrite adressée au DFF interrompt la prescription. En pratique, cela signifie que : Le risque de prescription exige qu’une requête fondée soit déposée auprès du DFF au plus tard en mars 2026. Parallèlement, il convient de préparer stratégiquement le dépôt d’une plainte civile contre UBS.

Conclusion

La décision partielle de la LPP a changé la donne de manière décisive : La décision de la FINMA du 19 mars 2023 a été annulée ; la base juridique pour l’amortissement complet des obligations AT1 de 16,5 milliards de francs suisses n’existe donc plus (sous réserve de l’arrêt de l’ATF). Suite à la vente d’urgence, UBS a réalisé un gain exceptionnel d’environ 29 milliards de dollars (goodwill négatif) – un montant nettement supérieur à la tranche AT1 en valeur nominale.

La voie de l’indemnisation reste toutefois complexe et soumise à des délais. Dans de telles affaires, LINDEMANNLAW est votre interlocuteur : notre pratique du contentieux connaît la matière, les compétences et les tactiques – de la responsabilité de l’Etat à l’arbitrage en passant par les actions civiles – et fait valoir vos droits de manière ciblée. Contactez-nous – nous vous conseillons et vous représentons de manière compétente et efficace dans ce domaine juridique.

Clause de non-responsabilité : cette publication ne contient que des informations générales et ne constitue pas un conseil juridique. L’évaluation dépend toujours des circonstances de chaque cas particulier. Pour obtenir des conseils sur votre situation particulière, veuillez nous contacter directement.

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