Article d’opinion FuW par Dr. iur. Alexander Schiemenz, LINDEMANNLAW, juillet 2026
La Suisse reste excellemment positionnée sur le plan fiscal. Pourtant, l’impôt minimum mondial érode l’un de ses avantages de localisation les plus importants. Plutôt que de sombrer dans un fatalisme de politique fiscale, le pays devrait s’appuyer sur ses forces éprouvées et enfin mettre en œuvre des réformes attendues de longue date.
Où se situe la Suisse sur le plan fiscal au niveau international ?
Dans son rapport sur le postulat déposé par le conseiller national Beat Walti, le Conseil fédéral décerne à la politique fiscale suisse un bilan fondamentalement bon. Le système fiscal à structure fédérale, la large assiette de recettes et la charge fiscale modérée en comparaison internationale ont tous fait leurs preuves. Dans le même temps, il identifie un besoin d’action urgent, en particulier dans la fiscalité des entreprises. C’est le bon diagnostic. Il faut désormais en tirer rapidement les bonnes conclusions politiques.
La situation de départ est meilleure que ce que la tendance suisse à l’autocritique pourrait parfois laisser penser. La quote-part fiscale se situe autour de 27 % du PIB. La moyenne de l’OCDE est d’environ 34 %. La charge sur les revenus du travail et sur les bénéfices des entreprises est également inférieure au niveau de nombreux pays industrialisés. Une certaine prudence s’impose dans la comparaison : les primes d’assurance-maladie obligatoire et les cotisations de prévoyance professionnelle ne sont pas comptabilisées dans la quote-part fiscale suisse. Mais même en tenant compte de cette réserve, la charge reste comparativement modérée.

Ce n’est pas une note de bas de page statistique, mais l’expression d’une conception réussie du rôle de l’État. Là où l’État revendique une part plus faible de la création de valeur économique, les entreprises et les particuliers conservent généralement davantage de ressources pour l’investissement, l’innovation, la consommation et la responsabilité individuelle. En même temps, une quote-part fiscale modérée oblige l’État à utiliser ses ressources de manière efficiente.
Quelles sont les véritables forces du système fiscal suisse ?
Les forces de la Suisse ne résident pas seulement dans le niveau de ses impôts. La prévisibilité, la sécurité juridique et une administration relativement accessible sont tout aussi importantes. Les particuliers peuvent généralement remplir eux-mêmes leur déclaration d’impôts par voie électronique. Les entreprises ont un accès direct aux administrations fiscales cantonales et peuvent clarifier à l’avance des questions complexes au moyen de rulings fiscaux contraignants.
En raison de ses trois niveaux de gouvernement et de ses nombreuses déductions, le système fiscal suisse n’est certes pas simple en tout point. Mais comparé aux corpus de règles à peine maîtrisables des grands pays, il est pratique, fiable et proche du citoyen. Cette qualité administrative constitue en soi un avantage de localisation distinct.
Une deuxième force est la concurrence fiscale. Environ 40 % des recettes fiscales sont générées par les cantons et les communes. Les cantons fixent eux-mêmes leurs taux et doivent montrer aux contribuables quelles prestations ils fournissent en contrepartie de leur argent. Cette concurrence est politiquement voulue. Elle discipline la politique de dépenses, favorise la diversité des solutions et empêche qu’une seule erreur de politique fiscale ne se propage à l’ensemble du pays.
Cela est particulièrement évident dans la fiscalité des entreprises. Le taux moyen d’imposition cantonal des bénéfices est passé de 17,8 % en 2016 à 14,43 % en 2026. Le recul des taux maximaux d’imposition du revenu des personnes physiques a été plus faible, mais la concurrence y produit également ses effets. En 2026, la charge fiscale sur les hauts revenus varie de 21,9 % à Zoug à plus de 43 % à Genève. Dans l’imposition ordinaire des bénéfices, Lucerne, à 11,66 %, a désormais devancé Zoug, à 11,71 %.

Zoug reste néanmoins un modèle. Non pas en raison d’un seul taux d’imposition, mais grâce à l’ensemble formé par la brièveté des distances administratives, une administration entrepreneuriale, la sécurité juridique, l’orientation internationale et un soutien ciblé à l’innovation. Depuis 2026, le canton soutient des projets d’innovation et de durabilité fondés sur la substance, réagissant tôt au nouveau monde de l’imposition minimale. D’autres cantons feraient bien de s’en inspirer.
Comment sécuriser l’assiette fiscale sur le long terme ?
Assurer les recettes de l’État sur le long terme ne doit pas être confondu avec des taux d’imposition les plus élevés possible. Ce qui compte, c’est une assiette fiscale large et en croissance. Les entreprises qui investissent, créent des emplois et génèrent des bénéfices paient l’impôt sur les sociétés. Leurs employés paient l’impôt sur le revenu, sollicitent moins de prestations de l’État et génèrent des recettes supplémentaires par leur consommation.
Il serait irresponsable de supposer que chaque baisse d’impôt entraîne automatiquement une hausse des recettes de l’État. Mais il est tout aussi faux de faire l’hypothèse purement statique qu’une baisse d’un point de pourcentage entraîne inévitablement un manque à gagner correspondant sur les recettes. Les impôts modifient les comportements. Ils influencent l’effort de travail, la création d’entreprises, les décisions de financement, l’investissement et le choix du lieu d’implantation. Ces réactions sont particulièrement marquées chez les entreprises mobiles et les travailleurs hautement qualifiés.
La stratégie intelligente de la Suisse est donc la suivante : des taux attractifs sur une assiette aussi large que possible, plutôt que des taux élevés sur une assiette qui se rétrécit. C’est ainsi que l’on peut concilier attractivité de la place économique et finances publiques saines.
Que signifie réellement l’impôt minimum mondial pour la Suisse ?
L’impôt minimum mondial de l’OCDE/du G20 ne remet pas fondamentalement en cause ce modèle, mais il en limite la marge de manœuvre. Il s’applique aux groupes d’entreprises actifs à l’international dont le chiffre d’affaires mondial atteint au moins 750 millions d’euros. La grande majorité des entreprises suisses, en particulier les PME qui constituent l’épine dorsale de notre économie, ne sont pas concernées. Pour elles, la concurrence fiscale cantonale reste pleinement pertinente.
La Suisse a introduit l’impôt complémentaire national en 2024 et la règle d’inclusion du revenu (impôt complémentaire primaire) en 2025. Le Conseil fédéral a, pour l’instant, renoncé à introduire l’impôt complémentaire secondaire (UTPR), car il entraînerait une insécurité juridique considérable pour un potentiel de recettes seulement limité. C’est judicieux. Dans la mesure où les groupes concernés sont de toute façon imposés jusqu’à 15 %, ce substrat fiscal ne devrait pas être cédé à des ministres des finances étrangers.
Mais cela ne doit pas se transformer en surtransposition volontaire de la Suisse. L’impôt minimum devrait être mis en œuvre de manière restrictive, ciblée avec précision et avec le moins de charge administrative possible. Il ne doit pas être étendu aux PME, ni servir de prétexte à des hausses générales d’impôts. Et la Suisse doit continuellement examiner si sa mise en œuvre sert encore ses propres intérêts, compte tenu des règles spéciales internationales et de la participation fragmentée des grands États.
L’imposition minimale ne met pas fin à la concurrence fiscale. Elle en change les instruments. Le rapport du Conseil fédéral indique à juste titre diverses options d’action. L’assiette fiscale suisse devrait être mieux alignée sur les règles internationales GloBE, afin que les entreprises ne soient pas surtaxées par l’interaction de deux systèmes différents. Dans le même temps, les instruments fondés sur la substance devraient être élargis afin de promouvoir l’investissement, la recherche, les emplois qualifiés et une véritable création de valeur en Suisse.
Les crédits d’impôt qualifiés et d’autres instruments de soutien reconnus au niveau international en faveur de la recherche et du développement méritent particulièrement d’être envisagés. Ils ne doivent pas dégénérer en une bureaucratie de subventions avec des gagnants choisis politiquement. Ils doivent être fondés sur des règles, transparents et prévisibles pour les entreprises. Ce qui compte, c’est que le soutien soit lié à une substance économique réelle en Suisse : au personnel, à l’investissement, à l’innovation et au risque entrepreneurial.
La Suisse dispose d’excellentes conditions pour cela. Elle abrite des groupes mondiaux tels que Novartis et Roche, de nombreux sièges internationaux et des fonctions centrales de groupe. Google y a construit à Zurich l’un de ses plus importants sites de développement hors des États-Unis. De telles entreprises ne viennent pas pour un seul point de pourcentage. Elles viennent en raison de l’interaction entre les impôts, les universités, la main-d’œuvre qualifiée, les infrastructures, la sécurité juridique, la qualité de vie et la stabilité politique. C’est précisément cet ensemble global qui doit continuer à être amélioré.
Quelles réformes sont nécessaires aujourd’hui et où cela mène-t-il la Suisse ?
Le contexte international modifié devrait également être mis à profit pour faire aboutir des réformes attendues de longue date.
Premièrement, le droit de timbre d’émission sur le capital propre devrait être supprimé. Il taxe généralement la levée de nouveau capital propre à hauteur de 1 %, une fois le seuil d’exonération de 1 million de francs dépassé, et rapporte à la Confédération environ 240 millions de francs par an en moyenne. Il désavantage le capital propre par rapport au capital étranger, complique les recapitalisations et frappe souvent les start-up avant même qu’elles aient généré des bénéfices. Dans le cadre de l’impôt minimum, il n’est en outre pas traité comme un impôt imputable. Le rapport du Conseil fédéral conclut à juste titre que des ajustements cosmétiques n’apporteraient que peu et que la suppression est l’option de réforme appropriée.
Deuxièmement, l’obligation faite aux cantons de prélever un impôt sur le capital devrait être reconsidérée. Un impôt sur le capital propre est dû même lors des années déficitaires, grève les jeunes entreprises et, combiné à l’impôt minimum, conduit à des sur- et sous-impositions arbitraires. Le rapport propose donc explicitement de supprimer de la loi sur l’harmonisation fiscale l’obligation de prélever cet impôt. La décision pourrait alors de nouveau être laissée aux cantons.
Troisièmement, une nouvelle approche est nécessaire pour l’impôt anticipé. Le taux actuel de 35 % désavantage le marché suisse des capitaux d’emprunt et incite les entreprises à émettre des obligations par l’intermédiaire d’entités étrangères. Le passage au principe de l’agent payeur pourrait préserver la finalité de garantie pour les contribuables domiciliés en Suisse tout en dispensant les investisseurs étrangers de la retenue. Ce serait plus neutre sur le plan fiscal et ramènerait le financement, la création de valeur et les emplois en Suisse.
Quatrièmement, les impôts sur le revenu devraient être davantage orientés vers des incitations à travailler. Un aplatissement de la progression, moins de déductions et des taux marginaux plus bas doivent être sérieusement examinés. Une flat tax ne doit toutefois pas être introduite de manière mécanique : le modèle neutre sur le plan des recettes examiné par le Conseil fédéral alourdirait la charge des personnes célibataires dont le revenu imposable atteint environ 135 000 francs. Toute réforme doit donc être conçue de manière à rendre le travail et l’entrepreneuriat plus attractifs sans faire de la classe moyenne celle qui règle la note.
Malgré la crise financière, la pandémie, les tensions géopolitiques, un franc fort et une réglementation internationale croissante, la Suisse s’est remarquablement bien maintenue. Elle le doit non pas à un grand plan directeur, mais à sa capacité à réagir de manière pragmatique au changement, à répartir les responsabilités de manière décentralisée et à créer de bonnes conditions pour l’initiative privée.
C’est exactement la voie sur laquelle elle doit poursuivre. L’impôt minimum de l’OCDE n’est pas une raison de renoncer à la concurrence en matière de politique fiscale. C’est une incitation à la mener de manière plus intelligente.
La Suisse ne devrait pas surtransposer l’impôt minimum, mais le limiter au nécessaire. Elle devrait concevoir son assiette fiscale de manière compatible au niveau international, promouvoir l’innovation et une véritable création de valeur, démanteler les impôts nuisibles sur le capital et laisser aux cantons autant de marge de manœuvre que possible. Surtout, elle ne doit pas perdre de vue l’objectif : un système fiscal plus simple, plus prévisible et robuste au niveau international, avec une charge aussi modérée que possible.
La Suisse est aujourd’hui l’un des sites économiques les plus attractifs au monde. La tâche n’est pas de réparer un modèle en échec. Elle est de continuer résolument à développer un modèle qui a réussi.
Quel est l’impact de l’impôt minimum sur votre entreprise ?
L’impôt minimum mondial modifie le cadre applicable aux groupes d’entreprises actifs à l’international, tout en ouvrant de nouvelles marges de structuration grâce aux instruments de soutien fondés sur la substance, à la structure de l’entreprise et au choix du lieu d’implantation. L’équipe fiscale de LINDEMANNLAW vous conseille, vous et votre entreprise, sur les conséquences de l’impôt minimum de l’OCDE/du G20, sur l’optimisation de votre structure fiscale et sur toutes les autres questions de droit fiscal suisse et international. Contactez-nous pour une évaluation personnalisée de votre situation.
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