Dr. iur. Alexander Schiementz, LINDEMANNLAW — Article d’opinion FuW, juin 2026
La Suisse a besoin de plus d’électricité en hiver. Mais cela ne signifie pas que chaque éolienne est une bonne solution. Quiconque souhaite installer des parcs éoliens à l’entrée d’une commune doit offrir plus que l’urgence de la transition énergétique. Il doit prouver que le site est approprié — aujourd’hui et dans vingt ans. L’énergie éolienne bénéficie d’un élan politique en Suisse. Le gouvernement fédéral souhaite développer la production d’énergie renouvelable, les cantons doivent désigner des zones appropriées, et depuis le Décret d’accélération, les procédures pour les installations d’intérêt national sont censées être plus rapides. Cela ressemble à un progrès. Mais cela ressemble aussi à une tentation : comme si citer la transition énergétique suffisait à écarter les objections locales, les préoccupations en matière de bruit, de protection du paysage, de biodiversité et de démantèlement comme des questions secondaires. C’est précisément là que réside l’erreur. L’énergie éolienne n’est pas un argument moral, mais un projet d’infrastructure. L’infrastructure doit prouver sa valeur sur le site spécifique — en termes d’urbanisme, d’écologie, d’économie et de droit. Cela ne peut pas être écarté en invoquant l’urgence.
« Quiconque planifie des éoliennes dans des zones ISOS ne fera pas face à des romantiques comme opposants. Il fera face au Tribunal fédéral. »
1. Quel impact ont réellement les éoliennes et pourquoi regarder seulement les décibels ne suffit-il pas ?
En Suisse, il n’existe pas de distance minimale fixe entre les éoliennes et les bâtiments résidentiels. Les facteurs déterminants sont les limites de la réglementation sur le bruit, les niveaux de sensibilité, la topographie, le type de turbine et les conditions éoliennes spécifiques. Cela semble technique, mais est politiquement crucial. Car l’impact ne s’arrête pas aux niveaux de décibels sur papier. Les éoliennes génèrent un bruit périodique, projettent des ombres et dominent le paysage visuel. Les personnes qui vivent à proximité ne perçoivent pas cela comme une contribution abstraite à l’approvisionnement en énergie, mais comme une intrusion dans leur vie quotidienne. Ce n’est pas une critique de la technologie. C’est une question de localisation.
L’évaluation technique du bruit conformément à l’ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB) est nécessaire mais insuffisante. Une évaluation réaliste des émissions d’ombre et des perturbations visuelles est également nécessaire. Cela s’applique en particulier aux zones protégées et aux zones de loisirs. Les projets qui traitent ces aspects comme secondaires ou les reportent à la procédure de permis de construire risquent une résistance ultérieure — ou des modifications coûteuses du projet.
2. Pourquoi la biodiversité ne s’arrête-t-elle pas au rotor ?
La biodiversité ne s’arrête pas non plus au rotor. Les parcs éoliens nécessitent des routes d’accès, des fondations, des aires de montage, des lignes électriques et des raccordements au réseau. Dans les zones sensibles, cette seule infrastructure auxiliaire peut être le facteur décisif. Les risques de collision pour les oiseaux et les chauves-souris, la perte d’habitat et les perturbations ne sont pas des risques théoriques. Ils doivent être évalués sur place, pas minimisés rétrospectivement. Un site qui ne fonctionne qu’au prix de compromis écologiques n’est pas un bon site.
Les évaluations de biodiversité doivent être réalisées tôt — et non seulement lors de la procédure de permis de construire. Les zones avec des espèces protégées ou des habitats prioritaires sont particulièrement sensibles. Si un projet nécessite des exceptions au droit de la protection de la nature, c’est un signal d’alarme. Si ces exceptions ne sont pas suffisamment documentées, le projet risque des retards ou un refus.
3. La protection du paysage n’est-elle que du romantisme ?
La protection du paysage est aussi plus que du romantisme. La Suisse est densément peuplée, topographiquement exposée et culturellement façonnée par ses paysages urbains distinctifs. Les éoliennes ont un impact bien au-delà de leur emplacement immédiat. Elles modifient les silhouettes, les lignes de vue et les pentes. Cette observation n’est pas un veto contre l’énergie éolienne. C’est une condition spécifique au site, ancrée dans le droit suisse.
La loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) et les dispositions cantonales correspondantes exigent une mise en balance des intérêts — pas une priorisation unilatérale. Les arguments de protection du paysage qui sont ignorés à un stade précoce réapparaîtront dans la procédure de recours — avec une force multipliée. La documentation architecturale du paysage et les visualisations devraient faire partie de chaque demande de permis.
4. Pourquoi l’ISOS décide-t-il d’un projet éolien ?
L’Inventaire des sites construits à protéger en Suisse constitue un facteur souvent sous-estimé. Dans un arrêt de janvier 2026 concernant Winterthour, le Tribunal fédéral a précisé : dès qu’un permis touche aux principes juridiques fédéraux, l’ISOS est directement applicable. Quiconque planifie des éoliennes dans ou près de zones désignées ISOS n’opère plus dans le cadre de la discrétion cantonale. Il déclenche une mise en balance qualifiée des intérêts selon l’Art. 6 et suivants de la loi sur la protection de la nature et du patrimoine culturel (LPN). La Commission fédérale pour la protection de la nature et du patrimoine culturel peut être consultée. Pour les investisseurs et les promoteurs de projets, cela signifie : un examen ISOS précoce n’est pas un luxe, mais une exigence. Quiconque découvre seulement lors de la procédure de permis qu’une installation est située dans une zone ISOS risque plus que des retards. Il risque l’ensemble du projet. Plus de 1 200 localités sont classées comme d’importance nationale dans l’ISOS, et leurs zones d’impact s’étendent loin dans le paysage. Quiconque ignore cela construit sur du sable.
5. Comment prévenir le mauvais projet et quand une opposition efficace commence-t-elle ?
La tendance politique est à l’accélération. Les procédures doivent être raccourcies, les objections rendues plus difficiles, et les approbations plus prévisibles. C’est attrayant pour les investisseurs. Pour les communes, c’est risqué. Le Décret d’accélération n’est pas une carte blanche : il vise à simplifier les procédures, pas à éliminer la mise en balance des intérêts. Cela est visible dans la pratique : dans le canton de Zurich, le gouvernement cantonal a éliminé environ 40 pour cent du potentiel éolien du canton par une seule décision, car les sites ne répondaient pas aux critères de mise en balance de l’aviation, de la protection du paysage urbain et de la proximité des établissements. Un « non » général ne tiendra pas dans des procédures accélérées. Quiconque souhaite prévenir un projet n’a pas besoin de susciter l’indignation ; il a besoin d’un dossier : évaluations du bruit, relevés écologiques, analyses ISOS, études de faisabilité des infrastructures et un plan de démantèlement. Une opposition efficace ne commence pas par des protestations une fois que les rotors sont installés. Elle commence à l’étape de la planification de l’utilisation des terres. La fin de vie d’une installation est particulièrement sous-estimée. Les parcs éoliens ont une durée de vie limitée. Le démantèlement, les fondations, les routes d’accès, l’élimination des déchets et le repowering doivent déjà être abordés lors du processus de permis. Tout le reste est un greenwashing à effet retardé. Une installation commercialisée comme durable aujourd’hui ne doit pas devenir un problème non résolu d’élimination des déchets pour la commune dans vingt ans. La transition énergétique a besoin de vitesse. Mais la vitesse n’est pas un substitut à un jugement solide. Les bonnes décisions de localisation ne sont pas une contradiction à la transition énergétique. Elles en sont la condition préalable. Les bonnes décisions de localisation ne produisent pas seulement de l’électricité, mais créent aussi de la résistance. Et un mauvais projet dans un mauvais emplacement ne contribue pas à la transition énergétique — peu importe le nombre de mégawatts qu’il promet.
Avez-vous un projet éolien en cours ?
LINDEMANNLAW représente des communes, des propriétaires fonciers et des investisseurs en énergie dans des questions de planification spatiale, de permis et de procédures de recours. Contactez-nous pour discuter de votre situation.
Lire l’éditorial publié dans « Finanz und Wirtschaft » (FuW) : Windkraft ist kein moralisches Argument – sondern ein Standortentscheid